M. Michaud - Leopold Delisle
Biographie Universelle - Ancienne et Moderne - Paris 1843
BOULLIAU - HISTORICAL - BIOGRAPHY

Transcribed - Dr Robert A. Hatch© - University of Florida


Nouvelle ed. [publiée sous la direction de M. Michaud] rev., cor. et considérablement augm. d'articles omis ou nouveaux; ouvrage rédigé par une société de gens de lettres et de savants. Paris, Madame C. Desplaces; etc., [1843-1865.] Second edition of the work founded by J. F. Michaud and his brother, L. G. Michaud; v. 13-45 edited by E. E. Desplaces. [Michaud, J. Fr. (Joseph Fr.), 1767-1839, et Michaud, Louis Gabriel, 1773-1858.

BOULLIAU (ISMAEL), et non BOUILLAUD né à Loudun, le 28 septembre 1605, voyagea en Italie, en Allemagne, en Pologne et au Levant comme agent du roi Casimir, et cultiva la théologie l'histoire sacrée et profane, les mathématiques, particulièrement l'astronomie. Il trouva à la bibliothèque royale des observations astronomiques peu connues, qu'il compara avec celles des anciens, pour en déduire les moyens mouvements. Ces observations sont des conjonctions de planètes, des occultations présumées, qui pouvaient avoir encore quelque mérite au temps de Boulliau, mais qui en au raient bien peu aujourd'hui, quoique faites ver dont il ne nous est rien resté, et qui tient le milieu entre les Grecs et les Arabes. 'Il fut peut-être le premier, dit Bailly, qui fit usage de l'astronomie étrangère et asiatique, et qui fit connaître les tables des anciens l'erses et leur exactitude.' Il ne faut pourtant pas que ce mot anciens nous induis en erreur: l'époque de ces tables est l'an 509 de Arabes, ou l'an 1115 de notre ère. Il abandonna la religion protestante, dans laquelle ses parents l'avaient élevé, se fit catholique romain, et mourut le 29 [sic] novembre 1694, dans l'abbaye St. Victor, à Paris ou il s'était retiré. Boulliau était en correspondance avec les gens de lettres les plus célèbres de son temps. On conserve, à la bibliothèque royale de Paris, 5 vol, in-4 de lettres qui lui furent adressées, de 1660 à 1675, par Desnoyers, secrétaire de commandements de Marie de Gonzague, reine de Pologne. C'est à Mercier de St-Léger que l'on doit ces manuscrits, qu'il avait découverts dans ut voyage a Lyon. Les ouvrages de Boulliau sont 4 de Natura lucis, 1638, in-8; on y trouve cette idée singulière, que la lumière est moyenne proportionnelle entre les substances corporelles et les substances incorporelles. 2 Philolaus, seu de vero systemate mundi. 1639, in-4. 3 Theonis Smyrnai Mathematica, 1644, in-4. grec et latin. La version latine et les notes sont de Boulliau. 4 Astronomia philolaica, 1645, in-fol. Il y donne l'histoire abrégée de l'origine et des progrès de l'astronomie. Quoiqu'il y professe un grand respect pour Képler, il se permet cependant d'attaquer ces fameuses lois dont il parait n'avoir nullement senti la beauté; il n'admet que la première; il cherche continuellement à réfuter la seconde; il ne daigne pas parler de la troisième; et même, quoiqu'il admette l'ellipticité des orbites, il dénature l'idée de Képler, en plaçant le centre des moyens mouvements dans l'axe d'un cône oblique, où se trouve aussi le foyer supérieur de l'ellipse. Il explique l'inégalité des mouvements par les cercles inégaux et parallèles à la base du cône, que l'ellipse traverse successivement. Les planètes, en temps égaux, décrivent sur ces cercles des ares égaux. c'est-à-dire d'un même nombre de degrés; mais ces ares, vus du soleil qui est au premier foyer de l'ellipse, paraissent inégaux. Il veut que la cause du mouvement curviligne de la planète réside dans la planète même, et non dans le soleil. Il a grande raison contre Képler, quand il lui reproche avoir fait décroître l'action du soleil dans la simple raison de la distance, et non dans la raison des aérés; mais il se trompe lorsqu'il s'imagine que la avec du soleil, attractive quand la planète est dans l'aphélie, doit se changer en force répulsive, quand elle est dans son périhélie. Il blâme encore Képler d'être allé chercher dans la physique des explications qu'il devait tirer de la seule géométrie, et d'avoir ainsi laissé la lumière pour les ténèbres. la reste, il n'est que trop vrai que les lois de Képler n'ont été conçues ni appréciées par les astronomes que depuis le temps où Newton les a démontrées même des conséquences nécessaire du principe de la gravitation universelle. Boulliau ne juge pas plus reniement la solution ingénieuse que Képler a donnée du problème qui porte encore son nom: il en trouve le calcul embarrassé; mais celui qu'il veut y substituer est beaucoup moins exact. La solution de Boulliau fut attaquée par Seth Ward. Boulliau convient ingénument de sa méprise dans l'ouvrage avant: 5 Astronomiæ Philolaicæ fundamenta explicata, 1657, in-4; la manière dont il y corrige sa méprise rend le calcul plus difficile, sans le rendre beaucoup meilleur. Ces deux ouvrages, s'ils avaient trouvé plus de partisans sincères, eussent fait rétrograder la science. On y voit cependant des constructions ingénieuses et des preuves d'un travail immense; il y donne de nombreuses recherches sur les mouvements de la lune. Voulant expliquer la seconde inégalité, qui est la plus belle découverte de Ptolémée, il en donne pour raison un déplacement du foyer de l'ellipse lunaire qui n'est pas fixe au centre de la terre; de la le nom d'évection ou de déplacement qu'il donne, et qui est resté a cette inégalité. Malgré tant de travaux, il eut le chagrin de voir que ses tables lunaires, à peine achevée, représentaient fort mal l'éclipse solaire du 21 août 1645. Ses tables des planètes n'eurent pas une meilleure fortune, et les astronomes préférèrent les Tables Rudolphines de Képler. Boulliau était un savant très-estimable, égaré malheureusement par un faux esprit de système: on lui doit cependant des éloges pour la constance avec laquelle il a défendu le mouvement de la terre, qui avait encore de nombreux adversaires, même parmi les astronomes. 6 De lineis spiralibus Demonstrationes, 1657, in-4. 5 Ad astronomos monita duo, 1667, où il explique le changement de lumière observé dans quelques étoiles, par une révolution sur leur axe, qui nous montre successivement des parties obscures ou lumineuses: c'est la seule explication raisonnable qu'on ait encore donnée de ce phénomène 8 Ptolomæi tractatus de judicandi facultate et animi principatu, 1667, in-4, grec et latine La version latine et les notes sont de Boulliau. 9 Manilii Astronomicon, 1655, in-4. 10 Diatriba de S. Benigno. 1657, in-4; et dans le 4 volume des Mémoires de Desmolets. Il y établit que l'époque de la vie et de la mort de St. Bénigne est tres-incertaine, et qu'il n'a pu être envoyé dans les Gaules par St. Polycarpe. 11 Opus novum ad arithmeticam infinitorum, 1682, in-fol. 12 Pro Ecclesiis Lusitanicis ad clerum gallicanum libri duo; et Dissertatio de populis fundis, Strasbourg, 1656, in-8, imprimés par les soins de Portner. Les deux dissertations en faveur des églises de Portugal avaient été composées en 1649 et 1651, à l'occasion des différends survenus entre la cour de Rome et Jean IV, roi de Portugal. L'auteur pense que ce souverain, ayant vainement demandé, pendant huit ans, à Urbain VIII et Innocent X les bulles pour les évêques qu'il avait nommées, il put les faire sacrer par les métropolitains. Boulliau ne retira de ces deux ouvrages d'autre fruit que de les voir condamner par le saint-office. Le traité de Populis fundis a été réimprimé à Dijon en 1656, in-8, avec les ouvrages de Nicolas Rigault et de Henri de Valois sur la même matière. Le but de l'auteur est d'y prouver, contre Rigault, que, pour devenir populus fundus chez les Romains, il fallait qu'un peuple renonçât a ses lois. 15 L'édition grecque et latine, avec des notes, de l'histoire de Ducas: Mich. Ducæ nepotis Historia Byzantina, Paris, 1649, grand in-fol.; elle fait partie de la belle collection connue sous le nom de Byzantina, Paris, 1649, grand in-fol.; elle fait partie de la belle collection connue sous le nom de Byzantine. 14 Catalogus bibliothecæ Thuanæ, 1679, 2 vol. in 8o. P. et J. Dupuy l'avaient d'abord disposé par ordre alphabétique; Boulliau le rangea par ordre de matières. Ce fut le P. Quesnel qui le publia. 13 L'Éloge de Jacques Dupuy, dans les Acta litteraria de Struvius. 16. Deux Lettres sur la mort de Gassendi, Imprimées dans un recueil intitulé: Lessus mortualis. Le P. Niceron et le Journal des Savants disent qu'il avait fait, sur la Pâque des juifs, un ouvrage qui n'a point été imprimé. On trouve, dans le 77 vol. des manuscrits de Dupuy, des Observations sur le temps de la mort du roi Dagobert, par Boulliau. Ses deux discours, l'un sur la Réformation des quatre ordres mendiants et la réduction de leurs convents à un certain nombre, et l'autre sur la Nécessité de conserver les biens que possède l'Eglise, pour maintenir la religion catholique, sont également demeurés manuscrits; le dernier surtout offre des rapprochements curieux. --Le père de Boulliau, nommé comme lui Ismaël, était aussi astronome, et le fils rapporte de lui plusieurs observations dans son Astronomia Philolaica.

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M. Michaud - Biographie universelle - L. Delisle (338-340) - Later Edition


BOULLIAU, et non BOUILLAUD (ISMAËL). né à Loudun le 28 septembre 1605, voyagea en Italie, en Allemagne, en Pologne et au Levant, comme agent du roi Casimir, et cultiva la théologie, l'histoire sacrée et profane, les mathématiques, et particulièrement l'astronomie. Il trouva à la bibliothèques peu connues, qu'il compara avec celles des anciens, pour en déduire les moyens mouvements. Ces observations sont des conjonctions de planètes, des occultations présumées, qui pouvaient avoir encore quelque mérite au temps de Boulliau; mais qu en auraient bien peu aujourd'hui; quoique faites vers l'an 500 de notre ère; c'est-à-dire dans un temps dont il ne nous est rien resté, et qui tient le milieu entre les Grecs et les Arabes, "Il fut peut-être le premier, dit Bailly, qui fit usage de l'astronomie étrangère et asiatique, et qui fit connaître les tables des anciens Perses et leur exactitude." Il ne faut pourtant pas que ce mot anciens nous induise eu erreur; l'époque de ces tables est l'an 509 des Arabes, ou l'an 1115 de notre ère. Il abandonna la religion protestante, dans laquelle ses parents l'avaient élevé , se fit catholique romain, et mourut le 25 novembre 1691, dans l'abbaye St. Victor, à Paris, où il s'était retiré. Boulliau était en correspondance avec les gens de lettres les plus célèbres de son temps. On conserve, à la Bibliothèque impériale de Paris, 3 vol. in-4. de lettres qui lui furent adressées, de 1660 à 1673, par Desnoyers, secrétaire des commandements de Marie de Gonzague, reine de Pologne. C'est à Mercier de St.-Léger que l'on doit ces manuscrits, qu'il avait découverts dans un voyage à Lyon. Les ouvrages de Boulliau sont: 1. De natura lucis, 1638, in-8, on y trouve cette idée singulière, que la lumière est moyenne proportionnelle entre les substances corporelles et les substances incorporelles; IL. Philolaus, seu de vero systemate mundi, 1639, in-4.; III. Theonis Smyrnæi mathematica, 1644, in-4., grec et latin. La version latine et les notes sont de Boulliau. IV. Astronomia philolaica, 1645, in-folio. Il y donne l'histoire abrégée de l'origine et des progrès de l'astronomie. Quoiqu'il y professe un grand respect pour Képler, il se permet cependant d'attaquer ces fameuses luis dont il parait n'avoir nullement senti la beauté; il n'admet que la première; il cherche continuellement à réfuter la seconde; il ne daigne pas parler de la troisième; et même, quoiqu'il admette l'ellipticité des orbites, il dénature l'idée de Képler, en plaçant le centre des moyens mouvements dans l'axe d'un cône oblique, où se trouve aussi le foyer supérieur de l'ellipse. Il explique l'inégalité des mouvements par les cercles inégaux et parallèles à la base du cône, que l'ellipse traverse successivement. Les planètes, en temps égaux, décrivent sur ces cercles des ares égaux, c'est-à-dire d'un même nombre de degrés; mais ces arcs, vus du soleil qui est au premier foyer de l'ellipse, paraissent inégaux. Il vent que la cause du mouvement curviligne de la planète réside dans la planète même et non dans le soleil. Il a grande raison contre Képler, quand il lui reproche d'avoir fait décroître l'action du soleil dans la simple raison de la distance, et non dans la raison des carrés; mais il se trompe lorsqu'il s'imagine que la force du soleil, attractive quand la planète est dans son aphélie, doit se changer en force répulsive, quand elle est dans son périhélie. Il blâme encore Képler d'être allé chercher dans la physique, des explications qu'il devant tirer de la seule géométrie, et d'avoir ainsi laissé la lumière pour les tenebres. Au reste, il n'est que trop vrai que les lois de Képler n'ont été conçues ni appréciées par les astronomes que depuis le temps où Newton les a démontrées comme des conséquences nécessaires da principe de la gravitation universelle. Boulliau ne juge pas plus sainement la solution ingénieuse que Képler a donnée du problème qui porte encore son nom: il en trouve le calcul embarrassé; mais celui qu'il veut y substituer est beaucoup moins exact. La solution de Boulliau fut attaquée par Seth Ward. Boulliau convient ingénument de sa méprise dans l'ouvrage suivant: V. Astronomie philolaicæ fundamenta explicata, 1657, in-4o.; la manière dont il y corrige sa méprise rend le calcul plus difficile, sans le rendre beaucoup meilleur. Ces deux ouvrages, s'ils avaient trouvé plus de partisans sincères, eussent fait rétrograder la science. On y voit cependant des constructions ingénieuses et des preuves d'un travail immense; il y donne de nombreuses recherches sur les mouvements de la lune. Voulant expliquer la seconde inégalité, qui est la plus belle découverte de Ptolémée, il en donne pour raison un déplacement du foyer de l'ellipse lunaire qui n'est pas fixe an centre de la terre; de-là le nom d'évection ou de déplacement qu'il donne, et qui est resté à cette inégalité. Malgré tant de travaux, il eut le chagrin de voir que ses tables lunaires, à peine achevées, représentaient fort mal l'éclipse solaire du 21 août 1645, ses tables des planètes n'eurent pas une meilleur fortune, et les astronomes préférèrent les Tables Rudolphines de Képler. Boulliau était un savant très estimable, égaré malheureusement par un faux esprit de système: on lui doit cependant des éloges pour la constance avec laquelle il a défendu le mouvement de la terre, qui avait encore de nombreux adversaires, même parmi les astronomes. VI. De lineis spiralibus demonstrationes, 1657, in-4o.; VII. Ad astronomos monita duo, 1667, où il explique le changement de lumière observé dans quelques étoiles, par une révolution sur leur axe, qui nous montre successivement des parties obscures ou lumineuses: c'est la seule explication raisonnable qu'on ait encore donnée de ce phénomène. VIII. Ptolomaei Tractatus de judicandi facultate, et animi principatu, 1667, in-4o., grec et latin. La version latine et les notes sont de Boulliau; IX. Manilii astronomicon, 1655, in-4o; , X. Diatriba de S. Benigno, 1657, in-4o., et dans le 4o. volume des Mémoires de Desmolets. Il y établit que l'époque de la vie et de la mort de S. Benigne est très incertaine, et qu'il n'a pu être envoyé dans les Gaules par S. Polycarpe. XI. Opus novum ad arithmeticam infinitorum, 1682, in-folio; XII. Pro ecclesiis Lusitanicis ad clerum gallicanum libri duo; et Dissertatio de populis fundis, Argyropolis (Strasbourg), 1656, in-8., imprimée par les soins de Portner. Les deux Dissertations en faveur des églises de Portugal avaient été composées en 1649 et 1651, à l'occasion des différends survenus entre la cour de Rome et Jean IV, roi de Portugal. L'auteur pense que ce souverain, ayant vainement demandé, pendant huit ans, à Urbain VIII et Innocent X les bulles pour les évêques qu'il avait nommés, il put les faire sacrer par les métropolitains. Boulliau ne retira de ces deux ouvrages d'autre fruit que de les voir condamner par le Saint-Office. Le traite De populis fundis a été réimprimé à Dijon en 1656, in-8., avec les ouvrage de Nicolas Rigault et de Henri de Valois sur la même matière. Le but de l'auteur est d'y prouver, contre Rigault que, pour devenir populus fundus chez les Romains, il fallait qu'un peuple renonçât à ses lois. XIII. L'édition grecque et latine, avec des notes de l'Histoire byzantine de Ducas, 1649, in-fol.; XIV. Catalogus Bibliothecæ Thuanæ, 1679, 2 vol. in-8o. P. et J. Dupuy l'avaient d'abord disposé par ordre alphabétique; Boulliau le rangea par ordre de matière. ce fut la D. Quesnel qui le publia. XV. L'Éloge de Jacques Dupuy, dans les Acta litteraria de Struvius; XVI. Deux lettres sur la mort de Gassendi, imprimées dans un recueil intitulé: Lessus mortualis. Le P. Nicéron, et le Journal des Savants, disent qu'il avait fait, sur la Pâque des juifs, un ouvrage qui n'a point été imprimé. On trouve, dans le 77. vol. des manuscrits de Dupuy, des Observations de Boulliau sur le temps de la mort du roi Dagobert. Ses deux Discours, l'un sur la Réformation des quatre ordres mendiants et la réduction de leurs couvents à un certain nombre, et l'autre sur la Nécessité de conserver les biens que possède l'Église, pour maintenir la religion catholique, sont également demeurés manuscrits; le dernier surtout offre des rapprochement curieux: ils sont tous deux dans le cabinet de M. Barbier, bibliothécaire du conseil d'état. --Le père de Boulliau, nommé comme lui Ismaël, était aussi astronome, et le fils rapporte de lui plusieurs observations dans son Astronomie Philolaïque.

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 rah.march.2000

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